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Ecrire comme Stephen King - partie 1

photo-1740577401749-87828c0e7d08 Comme indiqué dans le pied de page, les textes de ce blog sont écrits uniquement par un être humain, c'est-à-dire moi. Cela dit, les progrès de l'intelligence artificielle n'interdisent pas de s'en servir pour perfectionner son style. C'est ce que j'ai eu l'idée de faire avec Gemini, l'IA de Google.

Je lui ai demandé de m'aider à écrire comme un de mes auteurs préférés, en l'occurrence Stephen King. Dans cet article et d'autres qui suivront, je vais vous montrer les exercices qu'elle m'a proposés, comment j'y ai répondu, les erreurs que j'ai faites et comment j'ai réussi à m'améliorer. J'indiquerai en italique si c'est l'IA ou moi qui s'exprime.

Voici donc le prompt initial : "Je suis un apprenti écrivain qui souhaite écrire dans le style de Stephen King. Propose-moi des exercices me permettant d'y arriver progressivement."

Et voici sa réponse.

Exercice 1

Gemini :

Pour cet exercice, nous allons appliquer directement la philosophie de King : « Montrer, ne pas dire » (Show, don't tell) et la chasse aux adverbes.

Voici votre mission d'écriture, conçue pour durer environ 10 à 15 minutes.

Le Scénario : « Le "Et si... ?" »

Stephen King adore partir d'une situation banale qui dérape. Voici votre point de départ :

Le scénario : Vous êtes seul chez vous, tard le soir. Dehors, il y a une tempête. Soudain, on frappe à votre porte. Ce n'est pas un coup timide, ni un coup agressif. C'est un rythme régulier, mécanique : trois coups, pause, trois coups. Vous ouvrez. Il n'y a personne, mais il y a un objet posé sur votre paillasson.

Votre mission : Écrivez la scène à partir du moment où vous entendez les coups jusqu'à ce que vous ramassiez l'objet et compreniez ce que c'est.

Les trois contraintes

Pour réussir cet exercice, vous devez respecter ces trois règles inspirées de sa méthode :

  1. Zéro adverbe en « -ment » : Interdiction d'utiliser des mots comme lentement, soudainement, bruyamment, nerveusement.

    • Au lieu d'écrire : « Il ferma la porte violemment. »

    • Écrivez : « Il claqua la porte. » (Utilisez un verbe plus fort).

  2. Pas de verbes de "pensée" ou de "sentiment" : Interdiction d'écrire il avait peur, elle se sentait angoissée, il se demanda qui c'était.

    • Vous devez décrire les réactions physiques du corps pour montrer l'émotion. (Cœur qui bat, mains moites, souffle court, recul instinctif).
  3. Voix Active uniquement : Évitez la voix passive.

    • Interdit : « La poignée fut tournée par une main invisible. »

    • Autorisé : « La poignée tourna. »

Exemple de correction avant de commencer

À vous de jouer !

Prenez 10 minutes, écrivez ce passage sans vous arrêter (phase « porte fermée »), puis relisez-le pour vérifier si vous avez laissé passer des adverbes.

Mon texte

Moi :

J'étais assis devant cette saloperie d'écran. Deux heures à saisir des chiffres, cliquer sur des cases, corriger des formules. Tout ça parce qu'un comptable avait trouvé plus facile de partir en congés en me laissant traiter la facturation du mois précédent. A son retour, il allait passer un moment très désagréable.

Soudain, trois coups à la porte. Je n'attendais personne. On était en plein hiver. Encore un livreur ou un postier qui allait essayer de me fourguer un calendrier. Je me levai et ouvris la porte. Le vent glacial me fouetta le visage. Personne.

Puis en regardant vers le bas, je le vis. Un paquet sur le paillasson. Mais pas le paquet standard d'une de ces grosses compagnies de transport, avec un logo et un code barre. Non, un paquet en carton, anonyme, taille boite à chaussure.

Je jetais un dernier coup d'oeil, mais il faisait nuit et on n'y voyait que dalle. Puis, je soulevais le paquet, il était lourd, peut-être trois ou quatre kilos, et fermai la porte.

Revenu devant mon bureau, je me demandai si j'allais l'ouvrir. Bah oui, c'est quoi cette façon de livrer un colis ? On sonne et on se barre ? Ou alors c'est un gamin qui me faisait une blague. Ou pire. Un truc qui allait m'exploser à la figure ?

Après une longue minute de réflexion intense, je me décidai. Je pris un couteau et ouvris le rabat sur le côté. Le contenu glissa en dehors. Un dossier vert, avec la mention "Important". Et une lettre.

"Bonsoir André,
Désolé de t'avoir laissé les factures à traiter. Ma mère a eu un AVC, elle habite au Brésil, alors je ne pouvais pas faire autrement que d'aller la voir en catastrophe. Si tout va bien, je reviens dans une semaine.
Malheureusement, en relisant les documents, je vois que je ne t'ai pas tout envoyé. En plus des fichiers Excel, il y a aussi quelques documents papier. Je les confie à Alexis, le fils de mon voisin. Il m'a dit qu'il allait voir un copain dans ton quartier. Il te remettra ce paquet.
Vraiment désolé pour ce boulot imprévu, et encore merci.
A bientôt,
Paul."

Correction

Gemini :

C'est un excellent premier jet ! Vous avez joué le jeu et l'ambiance "bureaucratie nocturne" qui bascule vers le mystère fonctionne très bien. La chute est parfaite : le "monstre" n'est pas un tueur en série, mais encore plus de travail ! C'est très kingien dans l'ironie.

Voici mon analyse basée strictement sur les critères de Stephen King.

Ce qui fonctionne très bien (Les points forts)

  1. Le vocabulaire concret : "Saloperie d'écran", "boîte à chaussure", "scotch grossier". C'est visuel, on s'y croit. King adore les marques et les détails triviaux qui ancrent l'histoire dans le réel.

  2. La voix active : Vous avez bien respecté cette consigne. "Le vent glacial me fouetta", "Je pris un couteau". Le texte a du rythme.

  3. L'absence d'adverbes en "-ment" : Bravo ! Vous avez évité le piège. Le seul qui apparaît est "Malheureusement", mais il est dans la lettre de Paul. C'est du dialogue écrit, donc c'est permis (les gens parlent avec des adverbes, le narrateur ne doit juste pas les utiliser pour décrire l'action).

Ce qu'il faut retravailler (Le "Show, don't tell")

C'est là que le "Professeur King" sortirait son stylo rouge. Vous avez plusieurs verbes de pensée ou d'état d'âme qui racontent l'émotion au lieu de la montrer physiquement.

Voici les passages "coupables" et comment les transformer :

1. Le péché capital du mot "Soudain"

Votre texte : "Soudain, trois coups à la porte."

2. Le monologue intérieur explicatif

Votre texte : "Revenu devant mon bureau, je me demandai si j'allais l'ouvrir. (...) Ou alors c'est un gamin qui me faisait une blague. Ou pire. Un truc qui allait m'exploser à la figure ?"

3. La "réflexion intense"

Votre texte : "Après une longue minute de réflexion intense, je me décidai."

Résumé de la correction

Votre histoire est solide, mais vous avez tendance à expliquer les pensées de votre personnage au milieu de l'action (le paragraphe où il se demande si c'est une blague ou une bombe).

Le conseil pour la prochaine fois : Dès que vous avez envie d'écrire "je me suis dit que" ou "je me demandais si", arrêtez-vous. Demandez-vous : "Que fait mon corps quand je pense ça ?" (Est-ce que je me gratte la tête ? Est-ce que je fais les cent pas ? Est-ce que je retiens mon souffle ?).

Voulez-vous tenter de réécrire juste le paragraphe de l'hésitation (celui qui commence par "Revenu devant mon bureau...") en appliquant le "Show, don't tell" strict ?

Ma réécriture du paragraphe

Moi :

Revenu devant mon bureau, je le regardais pendant plusieurs minutes. Merde, c'est quoi cette façon de livrer un colis ? On sonne et on se barre ? Ou alors c'est un gamin qui me faisait une blague. Ou pire. Un truc qui allait m'exploser à la figure ? Un attentat à base d'anthrax, pour me contaminer ? OK, ça pouvait aussi être un accessoire croustillant commandé par un type qui tenait à son anonymat. Mais tout de même, il y aurait eu une adresse indiquée.

Correction de la réécriture

Gemini :

C'est une amélioration très nette par rapport à la première version ! Vous avez réussi à supprimer les verbes de pensée ("je me demandai", "je réfléchis").

Vous avez utilisé ce qu'on appelle le monologue intérieur direct. Au lieu de dire « Il se demanda si c'était une bombe », vous écrivez directement « Un truc qui allait m'exploser à la figure ? ». C'est beaucoup plus dynamique et cela donne de la "voix" à votre narrateur (le "Merde" d'ouverture est très efficace).

Cependant, si je remets ma casquette de professeur exigeant pour cet exercice spécifique, nous sommes encore un tout petit peu dans le "Tell" (Dire) car nous sommes dans sa tête.

Pour aller au bout de la logique "Show, don't tell" (Montrer, ne pas dire), le défi ultime est de faire comprendre au lecteur que le personnage a peur d'une bombe ou de l'anthrax sans jamais écrire les mots "exploser", "attentat", "anthrax" ou "bombe". On doit le deviner uniquement à travers ses gestes.

Voici comment on pourrait transformer vos pensées en actions physiques :

Votre version (Pensée directe) Version "Show Only" (Action physique)
"Un truc qui allait m'exploser à la figure ?" Je collai mon oreille contre le carton. Je retins mon souffle. Aucun tic-tac.
"Un attentat à base d'anthrax ?" Je passai le doigt sur les jointures du carton. Aucune trace de poudre blanche.
"Mais tout de même, il y aurait eu une adresse." Je fis pivoter la boîte sous la lampe. Aucune étiquette. Juste du carton brun, muet.

Pourquoi cette nuance est importante ?

Stephen King utilise les deux méthodes (votre méthode de monologue intérieur et la méthode physique). Mais il recommande la méthode physique pour les moments de haute tension.

Pourquoi ? Parce que quand un lecteur voit le personnage coller son oreille au carton, il se dit lui-même : "Oh mon dieu, il pense qu'il y a une bombe !".

C'est le lecteur qui formule la peur, pas l'écrivain. Et c'est là que la peur est la plus forte : quand elle naît dans l'imagination du lecteur.

Conclusion de l'exercice

Vous avez très bien saisi l'esprit "King" : un cadre banal, un élément perturbateur mystérieux, un ton un peu cynique/désabusé et une chute ironique.

#Exercices d'écriture