J’ai demandé à Gemini, l’IA de Google, d’imaginer le scénario d’une nouvelle fantastique. Voici sa proposition.

« Lucas, un représentant de commerce fatigué, roule de nuit pour rentrer chez lui. Il est en retard pour l’anniversaire de sa fille (10 ans), qu’il a déjà raté l’année dernière. Pour gagner du temps, il a téléchargé une nouvelle application de navigation appelée ShortCut. Elle lui indique un raccourci à travers bois qui doit lui faire gagner 40 minutes. Lucas s’engage. La route goudronnée laisse place à un chemin de terre. La voix du GPS, d’abord agréable, commence à changer subtilement. Lucas se rend compte que le paysage autour de lui n’est pas normal. Il arrive à « destination », mais ce n’est pas chez lui. »

Et maintenant, l’histoire courte que j’en ai tirée. Votre avis ?


Lucas Mercier était fatigué. Lever le matin à 5h. Plusieurs heures de route dans la journée. Et tout ça pour un rendez-vous client qui n’avait rien donné. Au lieu d’une commande ferme, le directeur des achats s’était contenté de vagues promesses. Toujours les mêmes justifications. La conjoncture est mauvaise, le marché incertain, les taux d’intérêt élevés, bla-bla-bla. On se revoit en avril. En attendant, Lucas pouvait dire adieu à sa prime de résultat.

Il monta dans sa voiture, et bailla si fort que sa machoire aurait pu toucher sa poitrine. Il suspendit sa veste de costume et défit sa cravate. On était le 15 décembre. C’était l’anniversaire de Philippine, dite « Pipine », sa fille. Dix ans déjà. L’année précédente, il avait manqué l’évènement pour cause de voyage d’affaires. Et l’année d’avant aussi. Peut-être même aussi trois ans plus tôt… Pas question de recommencer encore. Il était 17h, le trajet devait prendre deux heures environ, il arriverait à temps pour le dîner. Avec dans le coffre, une boite entourée d’un magnifique paquet cadeau.

Lucas posa son smartphone sur le support magnétique du tableau de bord, et ouvrit l’application ShortCut. Après Google Maps et Wayze, ShortCut était la nouvelle coqueluche des automobilistes. Comme les autres, elle analysait les cartes et le trafic pour proposer le parcours le plus rapide. Mais elle se distinguait par son algorythme capable de modifier l’itinéraire en temps réel. Un synthétiseur vocal permettait de dialoguer avec le téléphone en mains libre. Très convivial, il donnait les instructions de conduite avec originalité, voire avec humour, là où les concurrents se contentaient d’un banal « Au prochain carrefour, tournez à droite ».

« Hello ShortCut, je veux rentrer chez moi. »
« Bonjour Lucas, fit une voix masculine. OK, c’est noté. Sors du parking, tourne sur la droite et prend la nationale. »
« Merci. »
« Pas de quoi. »

Lucas s’amusait avec cette application, jusqu’à la remercier comme il le ferait avec un être humain. C’est dingue toute cette technologie. Son vieux copain Didier, un célibataire endurci, lui avait dit rêver d’un robot capable de « remplacer les nanas au pieu ». Il imagina la fureur destructrice de sa femme si c’était possible, et eu un petit sourire avant de bailler à nouveau.

Lucas mis en marche le moteur. Sans le savoir, il commençait son dernier voyage.

La Peugeot 208 suivit quelques kilomètres une route nationale banale. Autour de lui, des champs à perte de vue. La radio diffusait le jazz de Duke Ellington. Le temps était couvert, la nuit était proche. Lucas pensait aux congés d’été. Plutôt Andalousie ou Sicile ? Avec ou sans les enfants ? Hôtel club avec piscine et service « all inclusive », ou logement authentique chez l’habitant ?

Au bout de vingt minutes, la voix fit une proposition.
« J’ai un nouvel itinéraire à te proposer. Tu peux gagner environ 40 minutes, mais il faudra passer par un chemin de campagne. Tu ne pourras pas rouler très vite, et la chaussée sera étroite. Qu’en dis-tu ? »
« OK, je prends. J’en ai marre. Où dois-je aller ? »
« Tourne à droite dans 500 mètres, tu vas te diriger vers une forêt. »

La 208 quitta la nationale. La route était effectivement plus sommaire, bombée et permettait tout juste à deux voiture de se croiser. Environ un kilomètre devant, une masse sombre grossissait. Une forêt. Lucas évita un nids de poule, et un autre. A la radio, c’était Nat King Cole qui officiait.

« Pas génial ton chemin. On est chez les bouseux. »
« Oui mais c’est le meilleur rapport temps de conduite/distance parcourue sur ton trajet, fit la voix. Et je t’avais prévenu. »

La voiture s’engagea dans la forêt. L’obscurité était complète, et les phares s’allumèrent. La chaussée était un peu meilleure, et rectiligne. 

« Distance jusqu’à destination ? »
« Encore quatre-vingt deux kilomètres. »
« Pas d’autoroute, même sur une petite partie ? »
« Non, sur ce trajet tu resteras jusqu’au bout chez les ploucs. »

L’application avait même de l’humour. Si le rire n’est plus le propre de l’homme, il nous reste quoi ? La voiture roulait à soixante-dix kilomètre-heure. Le thermomètre électronique indiquait zéro degré Celcius dehors. Six de moins qu’au départ. 

La radio se tut. Fini le petit fond de jazz. Lucas éteignit l’application Spotify et la redémarra, sans succès. Puis ce fut l’indication de température qui disparu. A la place, on voyait un point d’interrogation.

« ShortCut, on est où là ? »
« Quelque part, Lucas » fit la voix. Elle avait un timbre différent, plus androgyne.
« Sois plus précis. Combien de kilomètres avant l’arrivée ? »
« Je n’en sais rien, je ne capte plus de signal GPS. »
« Ca ne passe pas dans les forêts denses ? »

La voix rit. Un petit rire léger. « D’habitude si. Mais en as-tu vraiment besoin ? »

« Qu’est-ce que tu veux dire ? »
« Fais moi confiance, et continue. »

Lucas se gratta le nez, et jeta un coup d’oeil perplexe au smartphone. 

« Tu me fais une blague ? »

Nouveau rire, cristallin.

« Pas du tout. Je te guide. Ce n’est pas ce que tu veux ? »
« Je veux savoir combien de kilomètres il reste jusqu’à chez moi. »
« Plus beaucoup. »

Lucas donna un léger coup sur le téléphone. Cette IA déconne totalement. Il voulait redémarrer l’application, mais l’écran tactile ne réagissait pas. Il tapota dessus avec insistance, et la voiture fit une embardée.

« Fais attention, un accident est vite arrivé. » Le ton était moqueur.
« Arrête la morale ! On va où, là ? »
« Là où tu dois aller. »

Il se dit qu’il allait s’arrêter, couper cette appli et revenir au bon vieux Wayze.

« Tu es arrivé. » La voix était féminine.
« Hein ? »

Une personne apparu dans le champ des phares, en plein milieu de la route. Lucas serra le volant et écrasa la pédale de frein aussi fort qu’il put. La voiture vibra et s’arrêta à un mètre d’une enfant.

Lucas cligna des yeux. Son coeur cognait dans sa poitrine comme s’il avait voulu en sortir. Il approcha sa tête du pare-brise. Un murmure. 

« Non ! ».

Il ouvrit la porte et descendit. Devant le capot de la 208, éclairée par les phares, se tenait une fillette en robe blanche. Philippine. Elle le regardait.

Lucas avait la bouche ouverte. Il tendit les mains vers sa fille.

« Pipine, qu’est-ce que tu fais là ? »

La petite le fixa.

« Tu n’es jamais avec moi, alors je suis partie. »

Lucas bafouilla. Une foule de mots se bousculait dans sa bouche.

« Ma chérie, c’est fini, je suis là maintenant. Je ne vais plus te quitter. »
« Tu dis ça tout le temps. »
« Non cette fois c’est vrai. Je te le promets. »

Il saisit les mains de Philippine. Elles étaient froides.

« Mais comment es-tu venue ici ? »

Elle baissa la tête.

« Je sais pas. »

Un bruit surgit du lointain. Un « bang » suivi d’un fracas évoquant des tôles ou du verre brisés.

« Papa, j’ai peur. »
« Ne t’inquiète pas, ce n’est rien ».

Lucas s’accroupit, et serra sa fille contre lui.

« L’essentiel, c’est qu’on est ensemble. Pour toujours. »

Les phares de la voiture s’éteignirent.

Quinze heures plus tard, le chef d’escadron de gendarmerie Damien Leblanc prenait des notes. Derrière lui, une grue soulevait l’épave d’une Peugeot. Elle était écrasée contre un arbre, à l’entrée d’un bois.

« Donc, un seul mort dans l’accident ? »

L’adjudant hocha la tête.

« Un seul, le conducteur. »
« Une idée de la cause ? »
« Bah comme d’hab’ on va faire une recherche d’alcoolémie et de stupéfiants sur le corps. Mais je pense qu’il s’est endormi, tout simplement. »
« On l’a identifié ? »
« Oui, on a trouvé ses papiers. »

Leblanc rangea son carnet.

« Pas de chance pour ce pauvre gars. »
« Deux fois pas de chance, plutôt. »
« Pourquoi ? »

Le gendarme tendit une photo. Le visage d’une fillette souriante.

« Il y avait ça dans son portefeuille. C’est sa fille. »
« Et alors ? »
« En appelant la famille pour les prévenir, on est tombé sur un secouriste. La gamine venait de s’étouffer en mangeant son gâteau d’anniversaire. Elle fêtait ses dix ans. »